1963

Boris Christoff

« Un Méphistophélès chauffé au rouge »

Première distribution internationale à Genève pour Gounod

« Fulgurant, subtil dans son machiavélisme, magnifique dans ses attitudes, mais d’une magnificence qui fait trembler et à laquelle il accorde de façon étonnante son émission et son expression vocales », Boris Christoff renoue avec le triomphe qu’il connut l’année précédente en incarnant Boris Godounoff. 
Néanmoins, la fameuse basse trébuche sur une difficulté.

« L’une des plus grandes basses actuelles » 

Suite

Le français: langue diabolique

  • Boris Godounov, interprété par Boris Christoff en 1962
  • Un bémol qui touche également le ténor de légende suédois, Nicolaï Gedda, « campant un Faust qui ne manquait ni de grandeur ni d’éclat, mais dont la prononciation laissait à désirer. »

« D’une envergure formidable, à la voix puissante, grand chanteur et grand tragédien »

Mais voilà. Star de classe internationale, le chanteur bulgare ne peut se débarrasser de son accent.

Malgré « son incontestable autorité et sa présence scénique, Boris Christoff incarne moins bien Méphisto que Boris Godounov – le rôle de Gounod étant écrit pour une basse chantante… chantant de préférence en français, sans avoir besoin de mettre continuellement à contribution les services du souffleur » juge Pierre Hugli du Journal de Genève. Et le journaliste de la Tribune de « confesser qu’on ne comprend que rarement ce qu’il dit. »

Beau joueur, Pierre Hugli reconnaît « toutefois qu’en dépit de la manifeste incompréhension de son texte, Boris Christoff nous a valu de splendides délectations vocales, en particulier dans le ‘Veau d’Or’ et dans la ‘Sérénade’. »


 

L’imbroglio… infernal du prêt de costumes

Directeur du Théâtre et metteur en scène de Faust, Marcel Lamy décide de louer les costumes de la production de l’Opéra de Strasbourg, créés par François Ganeau (également décorateur du spectacle genevois).

Certaines pièces transitent par la Maison Royalta qui s’occupe des retouches pour les solistes et des compléments requis.

De g à dr : Nicolaï Gedda (Faust) et Boris Christoff (Méphisto). 

Le 4 juillet 1963, Charles Zaber, administrateur de la maison strasbourgeoise, envoie une requête pressante au directeur de la scène du Grand Théâtre, Jean-Jacques Etchevery.

Le 1er octobre 1963, le ton monte. Zaber envoie une liste de matériel manquant (les 1er et 2e costumes de Faust, 1 costume de Méphisto, 1 robe de Dame Marthe, 1 costume de Démone blanche).

Le 10 octobre 1963, Etchevery assure que le matériel manquant est parti le 4 juin par la voiture envoyée du Grand Théâtre.

Le 14 janvier 1964, Charles Zaber écrit à Marcel Lamy pour lui proposer de procéder à une dernière et sérieuse recherche « avant de passer cette affaire à notre Contentieux ».

Le 20 janvier 1964, Marcel Lamy réplique qu’après de « nouvelles et sérieuses recherches faites par le Directeur de la scène et la Chef-habilleuse », tous les costumes ont été retournés à la Maison Royalta, hormis 2 pantalons spécialement confectionnés pour Nicolaï Gedda (1 marron et 1 grenat), 1 costume ottoman noir et 1 manteau or pour Méphisto.

Enfin, le 31 janvier 1964, Charles Zaber présente ses excuses à M. Lamy, les costumes ayant été retrouvés par la Maison Royalta.

Conclusion, le 5 février 1964 : « Je vous avoue, écrit M. Lamy, que je me faisais beaucoup de mauvais sang car nous avions cherché dans tous les coins, repointé les inventaires, regardé dans tous les locaux. Nous ne trouvions rien et nous nous demandions comment sortir de cette ténébreuse affaire. Vous m’apportez donc un grand soulagement et j’en suis ravi.

Vous espérez que nos bonnes relations ne soient pas altérées. Il y a trop longtemps que je fais ce métier pour qu’une chose de ce genre puisse venir troubler nos vieilles relations d’amitié ! »

De fait, Marcel Lamy reloue les mêmes costumes pour la reprise de 1965, soit 169 pièces destinées aux solistes, au chœur et aux figurants…

…et oublie de renvoyer « une robe bourgeoise beige à sous-jupe grise et escarcelle noire ». Ce qui vaudra à Charles Zaber les plates excuses de René Stampfli, secrétaire général de la Fondation du Grand Théâtre, accompagnées de l’objet du délit, heureusement retrouvé et réexpédié fissa. 

Grand Théâtre Genève

Faust à l’Opéra des Nations

Du 1er au 18 février

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